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Selfcare et automédication : Quelques incertitudes

Le 17e baromètre sur les produits du selfcare traduit l’inquiétude de l’Association française de l’industrie pharmaceutique pour une automédication responsable (AFIPA). Le net recul de 4,2 % du chiffre d’affaires de l’automédication est lissé par la croissance des ventes de dispositifs médicaux et surtout de compléments alimentaires. Pour la première fois depuis 5 ans, la progression du selfcare est au point mort.

 

Alors que l’automédication pourrait être la première étape du parcours de soins pour désengorger les cabinets des généralistes, les pouvoirs publics n’ont toujours pas clairement décidé de l’encourager. Avec 12,9 % du marché des médicaments vendus en officines, l’automédication occupe en France une place deux fois moins importante que dans la moyenne des pays européens, alors que les prix pratiqués dans l’Hexagone sont parmi les plus bas, soit 4,74 euros en moyenne.

 

Des solutions accompagnées de conseils

Illustration 1

 

L’automédication en berne

L’AFIPA regroupe, sous l’appellation selfcare, les produits non prescrits, non remboursés, conseillés et vendus exclusivement par le pharmacien d’officine. Ces produits constituent une réponse aux nouvelles attentes pour se soigner rapidement pour des pathologies bénignes, mais les industriels affirment manquer de visibilité dans le contexte économique et réglementaire actuel. A ces incertitudes, s’ajoute le faible niveau des pathologies hivernales enregistré l’an dernier.

Ce coup de frein s’explique aussi par un lot de mesures prises par les pouvoirs publics pour contrer le mauvais usage et ses dangers. Résultat, le chiffre d’affaires de l’automédication recule de 4,2 %. Le secteur de selfcare résiste pourtant grâce à la progression de 2,8 % des ventes de dispositifs médicaux, mais surtout de celles des compléments alimentaires qui bondissent de 8,4 %. Un élargissement de gammes, qui consolide ce marché du selfcare soutenu par de nouveau mode de consommation qui s’oriente davantage vers plus de naturalité, la fragmentation du parc officinal et le développement de grosses officines entrainant une concentration du marché.

 

Les compléments alimentaires tirent le marché du selfcare.

Illustration 2

 

Sans surprise, ce sont donc les ventes des produits destinés aux voies respiratoires (-8,4 %, à 490 millions d’euros) et les antalgiques (-4,1 %, à 472 millions d’euros) qui ont le plus reculé. D’autant que ces produits sont aussi directement concernés par deux mesures prises par l’Agence du médicament (ANSM), qui souhaite remettre de l’ordre dans le marché de l’automédication.

 

Réinscription de produits phares sur la liste des médicaments à prescription obligatoire

Il s’agit, d’abord, de la réinscription des médicaments contenant de la codéine ou des dérives morphiniques sur la liste des médicaments à prescription obligatoire. La ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn, souhaitant « mettre un terme à des pratiques addictives dangereuses et potentiellement mortelles » en retirant ces produits de la vente libre. Elle faisait référence à la pratique consistant à mélanger des médicaments à base de codéine avec de l’alcool fort, mais aussi à l’utilisation de la codéine comme drogue par certains adolescents et jeunes adultes. Pour contrôler les ventes, l’AFIPA propose plutôt d’inscrire ces produits d’automédication dans le dossier pharmaceutique du patient, qui centralise déjà tous les médicaments prescrits et dispensés à un même patient. Des données qui devraient d’ailleurs rapidement rejoindre le dossier médical partagé, dont la Cnam plébiscite l’ouverture pour tous les assurés.

 

Les médicaments contenant des vasoconstricteurs privés de publicité

Une autre mesure, dont l’impact plus difficile à chiffrer, est aussi vivement critiquée par les industriels. Il s’agit de l’interdiction de la publicité sur les médicaments contenant des vasoconstricteurs destinés à décongestionner le nez. « Des cas rares, mais graves d’effets indésirables cardiovasculaires (hypertension artérielle, angine de poitrine) ou neurologiques (convulsions, troubles du comportement et accident vasculaire cérébral) continuent à être rapportés » justifie l’ANSM. Des cas qui sont « très souvent liés à un mésusage du médicament (non-respect de contre-indications, durée de traitement supérieure à 5 jours, etc.). »

 

Les « marques ombrelles » dans le viseur

À côté de l’automédication stricte, le marché des dispositifs médicaux tels que les sprays, les pansements, les bas de contention ou certains cosmétiques résiste donc mieux, mais ce sont les compléments alimentaires qui tirent l’ensemble du marché du selfcare. Ils pourraient toutefois être fragilisés à leur tour puisque l’ANSM étudie un encadrement plus strict des marques dites « ombrelles » qui s’appuient sur la notoriété d’un médicament soumis à autorisation de mise sur le marché, pour en faire bénéficier, par exemple, des compléments alimentaires ou des dispositifs médicaux.

 

Remerciements pour les illustrations : OpenHealth Company