Quels sont les impacts des innovations médicales et technologiques dans la prise en charge et le parcours de soins des patients ? Comment le numérique peut-il aider le patient ayant un cancer dans son parcours de vie ? Démonstrations en pratique.
Aujourd’hui, le patient est en quête d’informations de plus en plus précises sur sa pathologie, les traitements possibles et la nature de sa prise en charge. Globalement 59% des patients sont prêts à s’impliquer dans le suivi de leur traitement et de leur maladie (source : Odoxa, 2014). Mais, cette majorité est loin d’être représentée par les patients atteints de cancer. 72% des patients et 81% des médecins pensent que la santé connectée est un atout pour la qualité de soins. Qu’en est-il vraiment dans le secteur de la cancérologie ? Quelques initiatives sont réalisées dans le suivi à distance de ces patients (télémédecine, télésurveillance) et certains outils sont développés pour favoriser le retour à domicile le plus tôt possible et la prise en charge ambulatoire. La prise en charge en ambulatoire est une priorité nationale, en 2016 le taux de chirurgie ambulatoire devra dépasser 50% du taux d’hospitalisation. Tous les outils e-santé, msanté ou encore santé mobile contribueront-ils à tenir cet objectif ?
Les RCFr 2015 (Rencontres de la Cancérologie française) qui se dérouleront les 15 et 16 décembre prochains à Paris seront un carrefour de rencontres et d’échanges entre médecins, patients, pouvoirs publics et industriels pour réfléchir à la construction de ce nouveau modèle de parcours de soins et de suivi des patients dans un cadre de santé connectée. Health 2.0 rassemble 60 pays dont la mission principale est de promouvoir l’innovation numérique en matière de santé. Lors de ce congrès, cette organisation présentera les dernières innovations digitales en matière de cancérologie. Aujourd’hui, voici quelques exemples d’outils validés par les équipes médicales.
Applications pour le suivi personnalisé en cancérologie
- Santinel d’IPaCT
IPaCT est une start-up toulousaine fondée par une équipe pluridisciplinaire : Olivier Thauvoye, ingénieur, Muriel Poublanc, responsable des essais cliniques à l’Institut Universitaire du Cancer de Toulouse-Oncopôle (IUCT-O), Cécile Abella, juriste en droit de la santé et le Pr Jean-Pierre Delord, le directeur du département Oncologie Médicale à l’IUCT-O. Elle a développé Santinel avec les patients et les professionnels de santé. Cette plateforme (PC et tablette) permet un suivi à domicile avec conseils pour reprendre la vie normale et échanger avec l’équipe médicale à distance. Depuis mars 2015, l’équipe mobile douleur et soins palliatifs de l’Institut Claudius Regaud (IUCT-O) l’utilise quotidiennement pour une quarantaine de patients.
- Picado, la plateforme de domomédecine
200 patients sont équipés de ce système (un capteur mesurant activité, position, température et un bracelet relié à un centre de veille) qui leur permet notamment de gérer leur alimentation et leurs prises de médicaments pendant leur chimiothérapie. Ont contribué à cette performance portée par Altran l’unité de recherche « Rythmes Biologiques et Cancer » de l’Inserm, l’Université de Reims, l’UTT de Troyes et des industriels.
- iCancer, rompre l’isolement du patient
Cette application développée par une société américaine est disponible en France. Elle donne un tableau de bord de la maladie : suivi des symptômes, effets secondaires des traitements, de l’alimentation, de l’humeur, du sommeil. Avec ces données, le patient peut communiquer avec les soignants et les aidants tout en renforçant son autonomie entre deux consultations.
- PACT Onco, le parcours virtuel de soins
Développé par le numéro un mondial de la pharmacie, PACT Onco est destiné au patient et à son entourage. Ce service interactif propose un parcours du domicile à l’hôpital en passant par les associations, la pharmacie, le médecin traitant… Il permet de s’informer sur les différentes démarches à suivre, donne des conseils pour la vie quotidienne. Des témoignages et vidéos répondent à des questions que souvent le malade ou ses proches n’osent pas aborder.
Cette revue non exhaustive des objets connectés et applications santé a sélectionné des exemples utilisés réellement dans le suivi des patients et qui font leur preuve d’efficacité.
Jusqu’où ira la santé connectée lorsque l’on sait que Google travaille sur un bracelet détecteur de cancer, qu’un autre industriel a mis au point un capteur capable d’évaluer la progression de la maladie et donc de prévoir la fin ? Qu’un autre acteur est sur le point de commercialiser un équipement photo-acoustique qui pourrait être utilisé dans le dépistage précoce du cancer du sein ? Il y aura toujours du bon dans les prouesses technologiques. Pour autant, le patient aura-t-il finalement le choix d’utiliser ces technologies ou non, de décider ou non de son suivi… et de ne pas sacrifier au nom des sacro-saintes économies de santé au dictat du tout digital. C’est un autre débat sur l’éthique et la responsabilité de chacun.