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Événement

L'INTERVIEW DU MOIS : Roxane Philippe, Directrice générale de Red Havas Health Paris

Roxane Philippe, Directrice générale de Red Havas nous parle de cette nouvelle agence spécialisée en RP Santé

Cause à effet !

Havas crée en France une nouvelle agence spécialisée en RP santé, née d’une joint-venture entre le réseau Havas Health & You et Havas Paris. Red Havas Health Paris a ainsi vocation à créer une synthèse entre ces deux structures, à réunir le meilleur de ces deux mondes. Adossée au réseau international Red Havas, l’agence devient donc la porte d’entrée pour la France à l’échelle de ce groupe mondial de communication et d’influence. Avec Roxane Philippe, ancienne vice-présidente d’Edelman, aux commandes, Red Havas Health Paris va aider ses clients à structurer leur communication de la manière la plus intégrée possible au bénéfice d’une Cause. Un signal fort sur ce marché prometteur de la communication Santé en France. Roxane Philippe, Directrice générale de Red Havas Health Paris nous livre son approche pour relever ce nouveau challenge.

 

Comment Red Havas Health Paris se distingue sur ce marché assez concurrentiel ?
Il y a beaucoup d’agences en communication santé en France qui font des métiers finalement assez différents. Médical, RP et avec des formats aussi très diversifiés. Des structures qui ont plus ou moins de visibilité, mais aussi d’expertise. Après deux ans de pandémie venus bousculer nos quotidiens et donc celui des entreprises, la santé est devenue l’un des grands sujets majeurs, d’où la création de cette nouvelle entité que je pilote aujourd’hui. Il s’agit d’une joint-venture entre le réseau Havas health & You, concentré sur la communication très médicale et Havas Paris historiquement positionnée sur les sujets d’influence. En créant du lien entre ces deux structures, nous proposons finalement une offre qui n’existe pas encore sur ce marché. C’est une porte d’entrée unique pour accéder à l’ensemble de nos services permettant de couvrir tous les aspects de la communication en santé. Red Havas Health Paris s’adosse aussi au réseau mondial de micro-agences Red Havas créé il y a quelques années et dans lequel il existe déjà une forte dynamique en santé. Aujourd’hui Red Havas arrive en France soit pour créer des projets internationaux depuis la France, soit pour faire atterrir des campagnes en France en les adaptant à nos contraintes réglementaires bien particulières, tout en travaillant de manière partenariale avec les autres agences du réseau présentes un peu partout à travers le monde.

Aujourd’hui, quels sont les premiers défis à relever ?
Toute création d’agences est un challenge, voire plus globalement dans notre quotidien Covid — et bientôt je l’espère post-Covid — toute création d’entreprise reste un immense challenge. C’est donc un défi en soi, même en étant adossé au groupe Havas, à sa réputation et à l’écosystème dans lequel il s’intègre. Pour le relever, il nous faut réussir cette synthèse, ce meilleur des deux mondes entre un univers pur médical et l’univers de l’influence au sens le plus noble du terme. Il s’agit de les réunir dans une dynamique internationale. C’est cet élan qui m’a donné envie de rejoindre le groupe, “d’apporter ma pâte” à Red Havas Health Paris à travers ma vision de la communication Santé aujourd’hui. Cela fait plus de 20 ans que j’exerce dans ce secteur et je me suis forgé un certain nombre de convictions à la fois sur l’évolution du secteur, mais aussi sur la façon dont nous devons accompagner nos clients pour en devenir de vrais partenaires et pas seulement des prestataires ou des consultants externes. Il nous faut créer un lien fort surtout quand on parle de santé, il s’agit ici de mettre toutes nos idées au service d’une cause, celle de la santé des patients de France et du monde entier.

Comment évoluent les attentes sur ce marché ?
J’ai une vision très large du monde de la santé incluant toutes les parties prenantes de ce secteur : entreprises du médicament, de dispositifs médicaux, acteurs institutionnels, sans oublier les start-ups, les Biotechs et tous ces acteurs qui gravitent dans cet écosystème et qui contribuent au monde de la santé global. Un horizon parfaitement résumé selon moi, dans l’introduction au préambule de la constitution de l’OMS de 1946, à savoir “la santé est un état de complet bien-être physique, mental et social et ne consiste pas seulement en l’absence de maladie ou d’infirmité.” Cela fait voler en éclats l’approche en silos que l’on peut avoir de la communication médicale, thérapeutique et des traitements, trop souvent isolée des problématiques de santé publique ou d’innovation.

À quelles évolutions stratégiques assistons-nous aujourd’hui ?
J’estime qu’aujourd’hui il y a un bénéfice commun, encore une fois une cause, pour laquelle nous souhaitons contribuer et agir : celle de la santé. Avec la démultiplication des partenariats public-privé auquel nous assistons, nous voyons des industriels soutenir la recherche, des mutuelles travailler avec des universités ou encore des entreprises d’autres secteurs lancer leur département santé. Aujourd’hui nous tendons vers cette convergence des acteurs qui pour moi donne du sens au travail mené. De la même manière, je pense désormais inutile de ne raisonner que par métier, mais plutôt par bénéfice dans le secteur de la santé. Cette convergence s’exprime autour de cette notion de cause et nous avons précisément envie d’aider nos clients à structurer leurs éléments de communication dans cette perspective. Il n’y a finalement pas de divergence dans la façon de communiquer, quels que soient les acteurs, puisque la cause commune recherchée est le bénéfice des patients. La Covid a parfaitement démontré cette mobilisation spontanée de tous dans un seul et même objectif. Cette dynamique est désormais enclenchée.

Comment les patients investissent-ils cet espace ?
Leur voix est majeure. J’ai de plus en plus le sentiment que les projets de communication reposent sur ce que les patients expriment. Nous sommes rentrés dans l’aire du “patient citoyen” : de plus en plus écoutés, entendus et interrogés. Je note un réel changement de ton assez récent à ce sujet. Cette position a longtemps été exprimée par des associations, de manière très audible dans la lutte contre le VIH. Cette visibilité a été le résultat d’une implication hors norme, au service, encore une fois, d’une cause, d’un combat commun. Aujourd’hui, la voie directe du patient est aussi très écoutée. Ceci me paraît extrêmement intéressant et s’explique notamment par l’essor des réseaux sociaux. Les associations continuent de jouer un rôle majeur, en donnant une vision globale de la situation et des prises en charge. Les témoignages et les regards de patients offrent la possibilité de mieux comprendre leur quotidien au cas par cas. Des patients, mais aussi les aidants n’attendent plus qu’on leur tende un micro pour s’exprimer, aujourd’hui ils prennent la parole. Nous assistons à un changement de paradigme du malade à la personne. Cette nouvelle dimension me parait tout à fait essentielle à prendre en compte et prometteuse pour déployer des projets et des campagnes réellement adaptés aux besoins.

Pourquoi faire d’emblée le choix de créer une cellule de communication de crise ?
La Covid rebat les cartes, même si la crise est partout, tout le temps. Cette fameuse cellule de crise sanitaire que nous intégrons au sein de Red Havas Health Paris doit venir compléter de façon essentielle l’offre que l’on propose aujourd’hui. En deux ans de crise extraordinaire, la santé n’a jamais été aussi essentielle et a profondément changé nos manières de travailler, il nous faut être prêtes et munies des bons outils pour accompagner nos clients de long en large et jusqu’au bout de leur problématique. Nous doter d’entrée de jeu de ces profils et ces expertises au sein de l’agence sonnait aujourd’hui comme une évidence. C’est un véritable bouton secours que l’on peut activer selon les besoins pour faire face aux sujets difficiles qui impactent les acteurs de santé, mais aussi ceux qui gravitent autour. Bon nombre d’entreprises ont eu à se positionner très rapidement au plus fort de la crise Covid pour accompagner les salariés sur la protection et le bien-être et la santé. Nous devons être en capacité de les accompagner sur ces sujets parfois sensibles. Jeanne Bariller qui a rejoint l’agence en sera la responsable, elle connait bien les enjeux puisqu’elle gravite depuis plus de 10 ans dans ce secteur : avec ses débuts de carrière au cabinet du ministre de la santé puis son rôle chez Havas au pôle influence, nous pourrons ensemble accompagner nos clients dans les situations les plus sensibles.

Quel est votre diagnostic sur la communication au plus fort de la crise Covid ?
Au final, il y a eu beaucoup d’acteurs impliqués et de niveaux de communication différents. Je me garderai bien d’avoir un jugement trop sévère par rapport à tout ce qui s’est passé, car nous n’avions jamais vécu une crise sanitaire de cette ampleur. Et le développement des variants y apporte encore une autre dimension. Nous vivons avec un problème en évolution permanente alors que nous sommes dans une société du ‘risque zéro’, de sécurité permanente et de parole donnée intangible. Un vœu pieux face à une crise d’une telle ampleur. La position des médecins eux-mêmes est en évolution constante ce que l’on ne peut que comprendre. Les temps de la communication, de la science, de la médecine et de la recherche se sont totalement télescopés. Même sur l’arrivée des vaccins cela a été le cas et cela le reste encore. Cela renforce encore ma conviction sur un point majeur : communiquer c’est dire d’abord ce que l’on sait, mais c’est aussi reconnaitre ce que l’on ne sait pas. Car aujourd’hui on voit que tout sujet de santé devient sujet de débat. L’admettre ne veut pas dire que l’on ne veut pas savoir, mais qu’à un moment M on sait rester sur une communication honnête et lisible. Et cela veut dire aussi que pour ne pas subir, mieux vaut sortir de cet entre-soi de sachants en assumant une dimension plus grand public, tenant compte de la maturité des populations auxquelles on s’adresse. Prendre l’initiative offre la possibilité de maitriser le tempo tout en partant bien d’un message unique qui peut certes évoluer, s’enrichir, mais sans brouiller les messages. Cela évite les déperditions.”

 

CONTRE-PIED

Masques, ruptures de stock, vaccins : Les conférences de presse quotidiennes devant la France confinée ont-elles été la bonne méthode ?

Sont-ils allés trop loin ? Personnellement, j’ai apprécié ce format sans filtre même si cela a parfois mis les journalistes en retrait pour expliquer et décrypter l’actualité. Communicante, mais aussi patiente, aidante et citoyenne j’ai pris goût à ces moments. On a démarré lentement, puis une dynamique s’est installée. Cela m’a donné un cap, une perspective. La communication mise en place par le gouvernement est apparue certes un peu militaire, mais correspondait à la guerre sanitaire dans laquelle nous étions projetés. Les discours ministériels ont été à la fois très explicites et pédagogues. En s’accrochant à ses schémas, on s’est bien rappelé que le ministre des Solidarités et la Santé était d’abord médecin et j’estime que c’est une excellente chose pour piloter ce ministère. La communication du gouvernement a amené un décryptage intéressant, proposant à chacun de prendre le temps de comprendre ce qui se passait et du temps nous avions tous en même temps pour la première fois ! L’inquiétude pour soi et pour ses proches a pris le pas sur tout le reste. L’inquiétude était aussi économique dans un contexte de confinement où de nombreuses entreprises étaient fermées ou confrontées au risque d’une fermeture. Ces prises de parole finalement assez transverses avec un Premier ministre et une mobilisation des acteurs du gouvernement qui étaient à la manœuvre donnaient finalement pas mal d’éclairages. La séquence de la Direction générale de la santé qui dressait le bilan de l’hécatombe quotidienne était parfois un peu anxiogène, mais je retiens l’effort de transparence. Il fallait que l’ensemble de la population en France se rende compte de l’enjeu. Et pourtant malgré ces efforts, certains s’opposent toujours aux vaccins deux ans après, alors je me dis aujourd’hui qu’ils ont tout de même bien fait. En communicante j’ai envie de dire qu’à situation exceptionnelle, mesure exceptionnelle. Il fallait cette transparence qu’on aurait aussi pu leur reprocher de ne pas avoir. C’est l’insatisfaction française. On leur a demandé de gros efforts ! Aujourd’hui les vagues se succèdent et des niveaux de communication différents apparaissent, avec d’autres ministres qui pourraient aussi s’exprimer. Au-delà de cet exercice en particulier, j’ai la conviction que cette dimension-vérité ne fait que démarrer.

 

VISION

Un conseil au prochain ministre de la Santé ?

En 2022, il me parait essentiel de donner une impulsion nouvelle. De travailler ton, fond et posture pour repositionner la communication politique en Santé. Prendre en compte le patient dans toutes ses dimensions — notamment celle de «  citoyen patient”, va s’imposer au prochain locataire de l’avenue de Ségur. Les pouvoirs publics sont appelés à créer plus de lien dans une dynamique plus collective. Le sujet de l’hôpital qui regroupe bon nombre de solutions de prises en charge me parait plus délicat. Globalement, j’estime que le temps est venu d’adopter un ton moins descendant, de savoir dire quand on ne sait pas. L’admettre et s’engager à tout mettre en œuvre et à revenir lorsque l’on saura, créé de la confiance. Cela donne un cap. C’est une recette d’humilité, un changement de ton. Ne pas savoir, ne dis pas qu’on ne fait pas. C’est l’engagement de faire au mieux et d’informer dès que possible. En somme, c’est être à égalité avec chacun, faire preuve de compassion et d’authenticité et garder une humanité à tout instant.

Propos recueillis par Laurence Mauduit